Soudain, l'air se fit plus vif. Une bourrasque souleva quelques feuilles tapissant le sol. Rouges et légères, elles tourbillonnèrent aux pieds des arbres, squelettes dénudés de leur parure d'automne. Déjà les rayons du soleil pâlissaient, déclinant peu à peu dans un ciel coloré de mauve et d'orangé. Le jardin était presque désert, ça et là, quelques rares promeneurs s'attardaient encore. Dans cette nature frissonnante, seules les blanches statues immobiles semblaient défier le temps. Sur un banc, une jeune fille referma le livre qu'elle délaissait depuis quelques instants, distraite par cette nature qu'elle admirait tant, par ce paysage d'automne qu'elle appréciait particulièrement. Les bosquets alentour offraient des couleurs chatoyantes passant du rouge à l'ocre et au mordoré. Ils semblaient conserver fièrement leur feuillage. Une nuée de moineaux traversa le ciel dans lequel s'amoncelaient quelques nuages.
Le Luxembourg, immense jardin, hâvre de paix du quartier Latin exerçant un grand attrait sur le promeneur solitaire était pour Lucile un endroit merveilleux. Elle aimait venir y puiser de l'énergie. Dans ses moments de liberté, elle s'y promenait souvent, détaillant l'harmonie de ses lignes à la française, appréciant son calme, son raffinement, goûtant a sa poésie, à l'historique de cet endroit habité jadis par une jeune reine qui par l'acquisition de ces lieux affirmât ainsi sa puissance. Quelques rires d'enfants sortirent la jeune fille de ses rêveries. Elle se leva, réajusta sa cape et s'éloigna d'un pas léger longeant l'ultime allée de marronniers.......